Les apprentis sorciers du climat : le reportage choc d’Arte sur la géo-ingénierie

Le reportage choc d’Arte sur la géo-ingénierie, les apprentis sorciers du climat

Pour stopper le réchauffement de la planète, des scientifiques proposent de modifier le climat. Une enquête remarquable sur une alternative inquiétante à la diminution d’émissions de CO2.

 

Documentaire de Pierre Oscar Lévy (France, 2015, 1h24mn) – Coproduction : ARTE France, Artline Films

 

Stimuler le plancton, repeindre les toits en blanc, envoyer des miroirs dans l’espace… : des lubies ? Non, la géo-ingénierie. Ces techniques plus ou moins fantaisiste, visent à modifier le climat afin d’enrayer le réchauffement de la planète. Longtemps, les scientifiques se sont refusé à mentionner ce plan B parce qu’ils pensaient qu’il détournerait le monde politique du plan A (limiter les émissions de gaz à effet de serre). Autrefois décrié, il opère aujourd’hui un retour en force.
Les recherches les plus avancées se proposent d’imiter l’effet des éruptions volcaniques en pulvérisant des particules refroidissantes dans la stratosphère. Pour l’instant, ces expériences restent confinées en laboratoire. Mais jusqu’à quand ? Aux États-Unis, la géo-ingénierie séduit les milieux conservateurs, ceux-là mêmes qui nient le lien entre le réchauffement climatique et l’activité humaine. Cette solution présente, il est vrai, des avantages : elle évite de se mettre les industries polluantes à dos, d’imposer de nouvelles taxes, de changer nos modes de vie, et crée du business. Mais des scientifiques prédisent des effets dévastateurs en cascade : augmentation des pluies, suppression de la mousson, désertification…

Course à l’arme météorologique

Ce documentaire réunit de nombreux experts, partisans ou critiques à l’égard de la manipulation du climat : scientifiques, journalistes, lobbyistes, historiens, « géo-ingénieurs », exposant placidement des projets qui font froid dans le dos… À l’aide d’un riche fonds d’archives, le film se penche sur l’histoire ahurissante de ces techniques qui ont pris leur essor durant la course à l’armement de la guerre froide, brossant au passage le portrait d’Edward Teller, qui a inspiré le docteur Folamour de Stanley Kubrick. Ce dernier pensait, notamment, régler le problème de la sécheresse californienne par une explosion nucléaire…

geoengineering-cartoonImage : Université de Stanford

La facilité pour perpétuer un système

Dans son enquête, Arte met le doigt sur un élément particulièrement intéressant. Aux États-Unis, ce sont les mouvements conservateurs, ceux qui nient la réalité du réchauffement climatique et se rangent aux côtés des multinationales du pétrole, qui soutiennent également le plus la géo-ingénierie. Comment peuvent-ils soutenir une solution à un problème qui n’existe pas, selon eux ? C’est un élément troublant qu’il convient de comprendre.

En pratique, deux grandes solutions face au changement climatique s’affrontent. Le plan A réside dans la décision collective, politique et citoyenne de changer de mode de production et de consommation (transition durable). C’est ce que tentent de faire sans succès les décideurs des grandes conférences internationales pour le climat. Le second plan, refusé jusqu’ici par les décideurs, mais encouragé par de puissants lobbies économiques, est la géo-ingénierie. Et pour cause, cette solution de facilité marquerait le triomphe des solutions industrielles, laissant par la même occasion la possibilité à l’ère pétrolière de perdurer de nombreux siècles. Par ailleurs, la géo-ingénierie, présentée comme miraculeuse, détruirait toute volonté de changer les modes de vie et de développer des alternatives durables, perpétuant la société de consommation comme nous la connaissons.

Mais la solution est-elle si « miraculeuse » ? Selon plusieurs experts, de nombreux risques existent : la météo locale serait notamment perturbée partout à travers le monde. On enregistrait des augmentations de pluies par certains endroits face à des désertifications ailleurs. Dans l’éventualité où chaque pays déciderait seul d’utiliser cette technologie pour protéger sa population du réchauffement, les conséquences climatiques sur les autres pays seraient désastreuses. La technique utilisée de manière incontrôlée peut, en effet, déstabiliser l’agriculture, donc l’accès à l’alimentation, et forcément engendrer des conflits.

CST2NkAWsAAFcL3Source : Iees Paris

La géo-ingénierie : l’huile sur le feu

Si nos gouvernements cèdent aux pressions des intérêts économiques, l’application de la géo-ingénierie à l’échelle planétaire amorcera un mécanisme sans fin de régulation du climat. En effet, pulvériser des particules dans l’atmosphère, créant un bouclier de réflexion, ne résout pas le problème du réchauffement, il le contourne. Une manière de s’attaquer à la conséquence pour perpétuer les causes. Deux phénomènes vont alors s’additionner : le réchauffement d’un côté, et la tentative chimique de refroidissement. Ceci engendrera des effets pervers inévitables dont nous pourrions un jour perdre le contrôle, risquant de précipiter la fin de la civilisation.

En effet, si le choix de la géo-ingénierie est adopté pour sauver l’ère carbone et la croissance fulgurante de l’économie mondiale, l’Homme s’engagera probablement à bruler jusqu’à la dernière goutte de pétrole, perpétuant de nombreuses conséquences environnementales, bercé par l’illusion que le changement climatique n’est plus un problème. Dans le même temps, durant des siècles et des siècles, l’humanité devra pulvériser de plus en plus de particules dans l’atmosphère pour contrer les effets du réchauffement toujours plus important. Un soucis majeur se pose : si, pour une raison quelconque (crise, guerre, politique, idiocratie,…), l’humanité cesse soudainement de pulvériser ces particules, le réchauffement sera brutal et immédiat, ne laissant plus aucune chance aux espèces de s’adapter.

À n’en pas douter, les yeux du monde seront rivés sur la COP21. La géo-ingénierie va-t-elle être présentée comme solution miracle ? Ou, au contraire, va-t-on lui faire résistance ? Veut-on sauver le climat ? Ou la croissance ?

Le reportage complet disponible temporairement

Source : future.arte.tv mage à la une : éruption du volcan Calbuco (imgur.com)