LES LEÇONS DE VIE DE FRÈRE ANTOINE, ERMITE DEPUIS 50 ANS

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LES LEÇONS DE VIE

LES LEÇONS DE VIE DE FRÈRE ANTOINE, ERMITE DEPUIS 50 ANS

Ce nona­gé­naire vit à demeure dans une grotte du Var où il partage avec quelques habi­tués de passage son quoti­dien fait de médi­ta­tions et d’as­cé­tisme. Son crédo : frater­nité et humour.

En avril dernier, dans les contreforts du massif de l’Es­té­rel, à 15 kilomètres de Roque­brune-sur-Argens (Var), la découverte d’os­se­ments humains dans une caverne de deux mètres de profon­deur au milieu de la garrigue avait relancé brièvement une énigme crimi­nelle : la dispa­ri­tion de Xavier Dupond-de-Ligon­nès, le père soupçonné d’avoir tué toute sa famille à Nantes en 2011. L’in­connu de Bagnols-en-Forêt – non-iden­ti­fié à ce jour- n’était pas l’homme recherché depuis quatre ans.

Et ce dernier reste introu­vable. Mais ces montagnes, où se cachait au XVIIIème siècle le « Robin des bois provençal » Gaspard de Besse pour y détrousser les voya­geurs de passage, abrite encore un ermite, le seul officiellement connu.

Frère Antoine, 92 ans, vit dans une cavité du Rocher ocre de Roque­brune-sur-Argens depuis 1966. Il a eu un « coup de foudre » pour « cette grotte somp­tueuse », dit-il. « J’avais 43 ans et j’étais habité par une certi­tude, celle qu’il existe un état de parfait conten­te­ment ici et main­te­nant, qu’en chris­tia­nisme on nomme Royaume des Cieux » a-t-il confié à VSD, venu à sa rencontre. En 2016, le vieil homme fêtera son demi-siècle de vie troglo­dyte.

LES LEÇONS DE VIE DE FRÈRE ANTOINE

Jouis­sant d’une vue impre­nable de sa terrasse ombra­gée par des bran­chages, Frère Antoine vit à l’an­née dans sa grotte, où il reste finalement rarement seul. Des randon­neurs dorment régulièrement dans des cavités voisines. « Mais ils doivent être discrets et surtout ne pas faire de feu car ils deviennent visible à des kilo­mètres à la ronde », précise l’oc­cu­pant à demeure. Car dormir dans ce massif protégé est illé­gal. « Si vous écri­vez un article, des jour­na­listes vont reve­nir, réalise-t-il soudai­ne­ment.

J’avais fait une émis­sion télé­vi­sée avec Jean-Luc Dela­rue en 2000 sur le thème « Jouis­seurs et Ascètes ». A côté d’échan­gistes, il avait disserté de soli­tude, de médi­ta­tion et de prière. Rigo­lant de tout, il était sorti « content » de son expé­rience pari­sienne sans penser qu’il serait bien­tôt envahi des curieux. « Il y a des gens qui rentraient dans ma grotte, prenaient des photos et partaient », raconte-t-il. Son antre était devenu invi­vable. Il quitte les lieux durant trois ans pour un autre ermi­tage.

A son retour, les vitraux étaient cassés, il les a rempla­cés par du plexi­glass. A l’en­trée, il est aujourd’­hui écrit : « La grotte du frère Antoine n’est pas une curio­sité touris­tique mais un lieu de rencontre frater­nelle »

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LES LEÇONS DE VIE DE FRÈRE ANTOINE

Frère Antoine vit de ce que les gens lui apportent au jour le jour. Certains sont de passage, d’autres sont deve­nus des habi­tués depuis plusieurs décen­nies. Sa caverne est des plus dépouillée : des mate­las, quelques livres, un réchaud au gaz et quelques couverts. Il vit sans argent, sans compte en banque. Il n’a pas d’eau courante mais récu­père l’eau de pluie grâce à deux trous aména­gés dans la roche en haut de sa grotte. Des toilettes ? « Non, personne ne vient me faire chier », rigole-t-il. Quelques bougies servent à éclai­rer sa grotte à la tombée de la nuit mais il s’en sert peu, son rythme étant celui du soleil.

Frère Antoine ne paie pas de loyer, le proprié­taire privé du terrain où se situe son loge­ment ne lui en a jamais demandé. Dans la forêt, autour d’une grosse pierre rectan­gu­laire, il a installé des cailloux et laissé un petit mot : « Ici repo­se… » Lorsqu’on soulève la pierre qui cache la suite, on peut lire « un gros caillou »  L’hu­mour de Frère Antoine est parfois parti­cu­lier.

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Si certains reli­gieux le consi­dèrent comme un héré­tique, lui dit vivre « sans inter­mé­diaire » avec Dieu. De son vrai nom Louis Chau­vel, Frère Antoine a vécu plus de dix ans en monas­tère et sculp­tait des objets reli­gieux en bois. C’est par ce métier qu’il a rencon­tré un riche indus­triel qui allait deve­nir son mécène. S’en­suit une longue série de quatorze voyages en Inde.

Frère Antoine dit « ne jamais s’en­nuyer », riche d’une vie inté­rieure profonde. Mais le reli­gieux a une autre passion. « J’écris par pulsion. Certains ont des pulsions dogma­tiques, finan­cières ou sexuelles. Moi c’est l’écri­ture. » Il a déjà publié huit ouvrages qu’il grif­fonne à la main.

Rachel Guim­baud, Lyon­naise de 32 ans, fait le lien entre l’édi­teur et l’au­teur. Elle réécrit son texte sur ordi­na­teur, passe le voir et récu­père ses manus­crits tous les mois depuis quatre ans. « C’est à chaque fois une rencontre. Il est très lucide sur le monde dans lequel on vit même si c’est parfois déca­pant. Je viens cher­cher la joie à Roque­brune-sur-Argens », avoue-t-elle dans un grand sourire. « Frère Antoine prend soin de nous et on prend soin de lui.»


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Nico­las Vaux-Monta­gny

Crédits photos : Adeline Lebel pour VSD

Frère-antoi­ne­ries, aux éditions Unicité, juillet 2015.

Merci pour tout, aux éditions Acca­rias l’ori­gi­nel, janvier 2015.

Source de l’article LES LEÇONS DE VIE DE FRÈRE ANTOINE :/www.vsd.fr

Cyril R.

C’est très probablement mon père qui m’a transmis cette passion que j’essaierai moi-même de transmettre à mes enfants. Dès que j'ai un peu de temps, je profite de l’occasion pour passer du temps dans la nature. Par ailleurs, je m’intéresse également à tout ce qui touche au bien être et à l'écologie de près ou de loin, je suis fasciné par toutes les méthodes d’investigation, vérifiables et reproductibles ayant pour but de produire des connaissances. J’ai donc décidé de rédiger des articles qui touchent à ces domaines. J’espère pouvoir vous transmettre un peu de mon savoir et de mon amour pour la nature.

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