Cancer, espèces envahissantes, sélection naturelle et artificialité

sélection naturelle

Image crédit :www.amessi.org

Cancer, espèces envahissantes, sélection naturelle et artificialité

Par FALMIR CAMION

Je lisais, il y a peu (dans cet article), que l’archéologie a mis en évidence que le cancer était une maladie plutôt rare dans l’antiquité.

Ça fait des années que je réfléchis à cette question du cancer et de sa généralisation que sont les espèces envahissantes. Dans la nature les espèces envahissantes sont plutôt rares, parce qu’en échouant à maintenir l’équilibre avec l’écosystème qui les nourrit, elles finissent par détruire elles-mêmes leur “substrat nourricier” et meurent avec lui.

Mécompréhension de la sélection naturelle

Cette réflexion m’a amené à réexaminer la question de la sélection naturelle et de ses extensions telles que le darwinisme social. Le principe même du darwinisme social n’est pas fondamentalement faux, mais l’application qui en est faite par certains pour justifier les iniquités sociales, démontre à l’évidence leur incompréhension fondamentale de ces mécanismes.
La sélection naturelle, ce n’est pas juste l’élimination des faibles et la sélection des plus forts. La sélection naturelle est un mécanisme largement plus compliqué, sous trois aspects :

  • Pour commencer, il faut voir l’écosystème comme un système (quasi) zéro déchet. À chaque fois qu’un résidu s’accumule, il apparaît⁽¹⁾ une nouvelle espèce pour le consommer.
  • Ensuite, il ne faut pas considérer qu’il s’agit d’espèces qui se battent pour leur survie au sein d’un seul écosystème, car en réalité, les systèmes sont imbriqués les uns dans les autres, et une espèce peut disparaître parce qu’elle était trop forte et qu’elle a tué le système qui l’hébergeait. C’est ce dernier point que ceux qui se réclament du darwinisme social pour justifier leur position sociale, ont échoué à voir.
  • Enfin, la sélection naturelle ne choisit ou n’élimine, pas uniquement les espèces. Elle choisit ou élimine (voire régule, également, en fait) aussi les productions, les concepts et les principes mis en place par les espèces qu’elle choisit, élimine ou régule.

Sélection naturelle et cancer

Du coup, le fait qu’un système envahissant tel que le cancer, disparaisse avec son hôte est un facteur limitant pour le succès du concept. Ce qui fait que les espèces envahissantes “naturelles” sont plutôt le fait d’accidents (tels que par exemple, la mise en contact de deux systèmes qui ne communiquaient pas auparavant), mais qu’une situation d’envahissement ne peut que rarement perdurer : Soit le système hôte “trouve” un moyen de réguler l’envahisseur, soit il est lui-même éliminé par la sélection naturelle, et emporte l’envahisseur ou le cancer avec lui.
On pourrait bien sûr objecter que tant que le cancer apparaît après qu’un organisme se soit reproduit, il ne pose pas de problème en termes de sélection naturelle, mais les organismes qui se sont déjà reproduits sont aussi la mémoire du groupe et sont un élément important de sa capacité à construire des structures sociales complexes qui perdurent dans le temps, ce qui est aussi un facteur de survie de l’espèce.

La position de système envahissant est aussi la situation dans laquelle se trouve l’homme, par rapport à la nature, et probablement aussi la situation dans laquelle se trouvent les “humaines cellules malades” qui s’approprient toutes les ressources dans notre système économique qu’elles sont en train de détruire (voir à ce sujet, mon article sur notre construction pathologique de la propriété privée) – la question étant alors de savoir si notre système économique affaibli sera encore capable de détruire ou de réguler ce cancer qui le ronge; certains soutiennent que selon leurs simulations, il n’a d’ores et déjà plus que 3 à 6 ans à vivre.

Cancer et artificialité

Alors, qu’est-ce que ça implique ? Il me semble évident, par les mécanismes décrits ci-avant, que le cancer est un mécanisme qui a été spontanément quasi éliminé par des centaines de millions d’années de sélection naturelle. Une étude sur les fossiles de dinosaures, à par exemple montré que seule une famille de dinosaures à l’exclusion de toutes les autres, était touchée de façon importante par le cancer, et on pense que la cause était son alimentation inadéquate. Du coup, s’il réapparaît de façon importante avec l’homme moderne et ses animaux, il me semble tout aussi évident que c’est parce que nous avons massivement “pollué” le système qui nous nourrit, avec des substances, des principes et des espèces qui n’ont jamais franchi la barrière de la sélection naturelle.
Toutes ces production/principes et espèces ont été sélectionnées par l’homme, mais nous ne nous sommes jamais posé la question de savoir comment tout cela s’intégrait avec l’ensemble de l’écosystème. Dans les débuts de la civilisation, le volume de ce problème était anecdotique et s’est traduit par une augmentation relativement supportable du problème. Mais actuellement, le volume des “réussites” de la civilisation occidentale et l’augmentation monstrueuse de la population qui en a résulté, mais que tout cela n’est simplement plus tenable.

Re-définir l’artificialité ?

Ceci devrait nous conduire, à une redéfinition de la distinction entre naturel et artificiel. J’ai déjà souvent vu des scientistes argumenter que les notions de “chimique” et d’“artificiel” étaient arbitraire sans objet car tout est composé d’atomes qui sont chimiques et que l’homme qui crée l’artificiel est lui-même naturel. Par ailleurs, rejeter l’artificiel pour la seule raison qu’il est créé par l’homme est un peu “gratuit”. Par contre, l’idée que l’artificiel est dangereux, parce qu’il n’a pas franchi la barrière de la sélection naturelle, et donc, de l’intégration à l’écosystème, est une distinction tout à fait pertinente.
Dans la même logique, n’est pas “chimique”, ce qui est composé de produits chimiques, mais ce qui est issu directement ou indirectement (par l’intermédiaire du système vivant, par exemple) de l’industrie chimique.
Les solutions foireuses, vers plus d’artificialité

Alors, il ne faut pas s’imaginer que des solutions pseudo écologiques simplistes, telles que le véganisme vont résoudre le problème. Il ne s’agît que d’excroissance de l’occidentalisme, qui proposent simplement de déplacer le problème ailleurs mais sont tout aussi, voire encore plus délétère, dans la mesure où il ne s’agit que d’une fuite en avant, vers encore un peu plus d’artificialité (remplacer la laine, le cuir, le miel, les œufs, le fromage et la viande par des substituts industriels ne sont que des emplâtres artificiels sur une jambe de bois en plastique).

Laisser l’écosystème rétablir les équilibres naturels

Si on veut une solution viable, il faut commencer par rétablir l’équilibre économique en détruisant les principes qui rendent profitable pour des individus et des entreprises, la destruction et le remplacement de l’environnement par toujours plus d’artificialité; et au contraire, redonner de la valeur collective à la compréhension du monde naturel qui nous entoure, pour redonner sa place même jusque au niveau bactérien, à l’environnement sauvage qui a largement plus de résilience naturelle que tout ce que nous sommes capable de créer. Nous devons réapprendre à demander à la nature de nous donner ce dont nous avons besoin, plutôt que remplacer par nos créations tout ce qui ne nous convient pas (C’est ce que faisaient les cultures – en particulier chamaniques – traditionnelles). À cet égard, l’exemple de la substitution des conserves traditionnelles fermentée par des écosystèmes bactériens sauvages, par des imitations plus rapides à produire, avec des goûts similaires, mais plus du tout les mêmes propriétés nutritionnelles, est symptomatique du tort que nous nous causons à nous même par l’artificialité.

Après ça, je ne prétends pas que la technologie est une mauvaise chose. Je dis juste qu’il faut absolument s’abstenir de la substituer à la nature, dont la section R&D (recherche et développement) a des centaines de millions d’années d’avance sur nous; et toujours soumettre nos innovations à la sélection naturelle, avant des vouloir les greffer massivement sur un système qu’elles vont peut-être contribuer à détruire.

Edit : Aux dernières nouvelles, cet article vient d’être refusé par une administratrice du groupe “De tout mais des Sciences ! L’univers, la vie, la conscience.”. ça donne une idée des résistances auxquelles nous devons faire face si nous voulons nous en sortir…

(1):En réalité, la formule “il apparaît” est trompeuse : En réalité, des nouvelles espèces apparaissent en permanence, en particulier au niveau bactérien. Il existe des milliards de milliard et même largement plus, sur terre. Même si l’ADN est une construction extrêmement stable (probablement de l’ordre d’une erreur toutes les 10 millions de reproduction), le nombre de bactéries qui se reproduisent à chaque instant, font qu’il y a des milliards de bactéries défectueuses qui sont produites à chaque seconde, et que sur ces milliards, il en apparaît régulièrement une pour laquelle le résidu qui s’est accumulé est une ressource, et qui va proliférer, parce qu’elle est la seule capable de consommer cette ressource.

La création de nouvelles espèces est plus rares au niveau des organismes complexes, mais la mécanisme de la reproduction sexuée, en n’étant pas basé sur l’erreur aléatoire, mais étant plutôt un mécanisme de recombinaison des gènes qui ont déjà fait leurs preuves, permet de rendre les « mutations » à la fois plus fréquentes et plus systématiquement viables.

Après ça, le vivant fournit encore d’autres mécanismes de créations de nouvelles variations, telles que les mécanismes découverts récemment, d’activation/désactivation transmissibles, de gènes préexistants (épigénétique), ou encore, plus rarement le transport occasionnel par des virus, de matériel génétique d’un individu à un autre.

Auteur : Falmir Camion

Bio

« Falmir Camion est membre et/ou administrateur de plusieurs groupes facebook traitant de sujets aussi variés que les relations entre sciences et croyance, et le pseudo scepticisme (l’art de mettre en doute les croyances des autres et pas les siennes propres); la politique, l’économie et la société; la nutrition, les fermentations et le jeûne; le japon, sa culture et sa langue. C’est un éternel étudiant qui a pratiqué successivement l’électronique dans les années 80, à l’époque où l’électronique était encore amusante; puis l’informatique depuis les années 90; il termine actuellement des études de psychologie; et a encore un programme d’étude pour les 300 prochaines années, incluant entre autres la physique, la chimie, la médecine, la philosophie – s’il vit assez longtemps pour cela… Il anime régulièrement son mur facebook avec des « sujets de dissertation » à l’intention de ceux qui le fréquentent, et publie occasionnellement des articles de fond sur des sujets aussi divers que ses centres d’intérêts dispersés. »

Voir : Sa page Facebook

Voir aussi : ses articles.

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