Le changement qui se passe avec nos cellules lorsque nous passons du temps en montagne

Le 14 Octobre 2018. Image crédit :depositphotos.com

Le changement qui se passe avec nos cellules lorsque nous passons du temps en montagne

Frédérique Dumont

J’ai fait beaucoup de randonnées, et je me suis vite rendu compte que plus je me rapprochais des sommets, plus il devenait compliqué de respirer.

Ce n’était pas uniquement parce que j’étais épuisé de marcher beaucoup ; la difficulté à respirer est aussi un effet secondaire du fait d’être en altitude, où il y a moins d’oxygène. Ces altitudes ne seraient même pas comparables à celles que l’on trouve dans l’Himalaya ou au Pérou, alors je ne peux pas imaginer comment les gens arrivent à vivre dans ces conditions de faible teneur en oxygène.

Par exemple, à 5 260 mètres, soit à peu près le même niveau que le camp de base du mont Everest au Népal, l’atmosphère ne contient que 53 % de l’oxygène de l’air au niveau de la mer, ce qui rend la respiration et l’exercice plus difficiles. Pendant des années, les chercheurs ont supposé que ceux vivant en haute altitude produisaient graduellement des globules rouges nouveaux et améliorés avec une plus grande capacité à fournir de l’oxygène aux muscles et aux organes, qui remplaceraient peut-être toutes les anciennes cellules sanguines.

Cela explique parfaitement comment des populations entières survivent en haute altitude, mais cette théorie ne tient pas compte des alpinistes et des randonneurs.

Le corps humain produit 2 millions de globules rouges par seconde et il faudrait plusieurs semaines pour que tous nos globules rouges soient remplacés par de nouveaux globules rouges, ce qui soulève la question : Comment les alpinistes survivent-ils à haute altitude s’ils mettent des semaines à s’adapter au climat ?

Le projet AltitudeOmics a tenté de répondre à cette question et a trouvé de nouvelles découvertes prouvant que cette théorie originale est fausse. Non seulement nous pouvons nous adapter à des altitudes plus élevées du jour au lendemain, mais ces changements biologiques peuvent également durer jusqu’à quatre mois.

Comment nous nous acclimatons réellement aux hautes altitudes

Une nouvelle étude publiée dans Journal of Proteome prouve que le corps humain est capable de s’adapter aux climats à des altitudes plus élevées. Robert Roach, chercheur principal et directeur du Altitude Research Center de l’Université du Colorado Anschutz Medical Campus à Aurora, et son équipe, ont réuni un groupe de 21 volontaires pour participer à leur projet, AltitudeOmics. Les volontaires se composaient de 12 hommes et 9 femmes âgés de 19 à 23 ans.

Leur tâche consistait à grimper au sommet du Mont Chacaltaya en Bolivie, qui a une altitude de 5 260 mètres, non pas une, mais deux fois. Les participants disposaient seulement d’une semaine de repos entre les ascensions. Leur sang a été testé et analysé avant l’ascension, plusieurs fois pendant, puis sept jours plus tard (source).

Les tests sanguins ont montré que leurs cellules sanguines n’étaient pas réellement remplacées par des “cellules supérieures”, mais plutôt qu’elles changeaient physiquement et très rapidement, seulement quelques heures après l’exposition à une altitude élevée le jour 1. L’équipe a exprimé son enthousiasme lors de la présentation des résultats, car les changements subis par les globules rouges étaient beaucoup plus complexes que prévu. Les bénévoles ont même déclaré qu’ils se sentaient beaucoup mieux la deuxième fois et ont affirmé que c’était plus agréable.

Ces changements ne sont pas non plus à court terme ; puisque les globules rouges vivent habituellement pendant environ 120 jours, ces changements durent aussi longtemps que les cellules. Comme l’étude l’indique : “Nous fournissons pour la première fois des preuves à l’appui des adaptations métaboliques des globules rouges qui découlent en quelques heures de l’exposition à l’hypoxie à haute altitude.”

Ce que nous pouvons apprendre de ces résultats

Les Tibétains vivent sainement dans les montagnes de l’Himalaya depuis des siècles, malgré les conditions de faible teneur en oxygène et le risque présumé élevé de mal des montagnes. Il y a quelques années, des chercheurs ont découvert que deux variantes génétiques aident les Tibétains à utiliser l’oxygène plus efficacement en comparaison de ceux qui résident à des altitudes plus basses.

On dit que la sélection naturelle favorisait ainsi les Tibétains, leur permettant de vivre paisiblement en altitude, ce que de nombreux alpinistes envient. Maintenant, nous pouvons confirmer que même si vous n’êtes pas né avec ces variations génétiques, votre corps a toujours la capacité de s’adapter au fonctionnement dans des conditions à faible teneur en oxygène. Bien qu’il s’agisse d’une nouvelle découverte scientifique, les alpinistes affirment depuis longtemps qu’ils ont le sentiment de s’adapter aux changements d’altitude après quelques jours.

Cette recherche a suscité beaucoup d’attention de la part des chercheurs, en particulier ceux de l’industrie médicale. Étant donné que la perte de sang et les faibles niveaux d’oxygène sont un problème grave dans les cas de traumatisme, cette information peut aider à créer des pratiques exemplaires. Comme l’a expliqué Angelo D’Alessandro, biochimiste au Altitude Research Center, trouver des moyens d’améliorer la capacité du sang à transporter l’oxygène dans les situations d’urgence pourrait sauver des vies sur et hors du champ de bataille. / Source : Collective Evolution 

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