grève

Infirmiers en grève

PHILIPPE HUGUEN / AFP

Infirmiers en grève: «On est de bons petits soldats en train de mourir sur le terrain»

Un mal-être professionnel qui ne cesse de s’accroître. La Coordination nationale infirmière (CNI), l’un des principaux syndicats de la profession, a appelé jeudi tous les soignantsà faire grève pour dénoncer la dégradation des conditions de travail à l’hôpital, reflétée selon elle par le suicide de 5 infirmiers cet été. Une souffrance professionnelle exprimée dans les témoignages.

Les mesures d’austérité lorsqu’elles sont prises en milieu hospitalier peuvent avoir de funestes conséquences. C’est la conclusion de travaux publiés mercredi 26 février dans la prestigieuse revue médicale britannique The Lancet. L’étude s’est attachée à évaluer l’impact d’une surcharge de travail des infirmiers ainsi que leur niveau de formation sur la survie de patients admis en chirurgie.

« Les conditions de travail étaient déjà difficiles il y a 12 ans, quand j’ai démarré, mais cela s’est accentué depuis en raison de la course à la rentabilité des hôpitaux », raconte ainsi Cécile, qui exerce au pôle du CHU de Poitiers à Montmorillon (Vienne). Elle évoque en vrac l’alourdissement des tâches administratives, les absences de ses collègues non remplacées et les plannings de travail qui changent tout le temps pour pouvoir combler la carence de personnel certains jours. « On nous rappelle sans cesse sur notre temps de repos, c’est épuisant et l’on ne peut pas organiser notre vie de famille », dénonce-t-elle. Même son de cloche chez Céline, qui exerce de nuit à l’hôpital de Belfort : « Les effectifs diminuent de plus en plus. Désormais, la nuit, nous sommes un infirmier et un aide soignant pour 30 patients. C’est la course en permanence pour poser les perfusions, donner aux malades leur traitement, répondre à ceux qui nous appellent avec la sonnette. Parfois, je ne donne les cachets pour dormir aux patients qui en ont besoin qu’à 23h, alors que j’aurais dû les distribuer deux heures plus tôt », explique-t-elle.

L’impression de mal faire son boulot

Gérard, infirmier au service pédopsychiatre de Beziers et qui pilote la CNI dans sa ville, peut aussi témoigner de cette situation tendue : « Chaque semaine, je reçois des infirmiers qui se plaignent de leur changement de planning, du fait qu’on leur supprime au dernier moment des jours de week-end, de la charge de travail colossale qu’ils ont. On fixe les quotas de personnels dans les hôpitaux en fonction du nombre de lits. Mais ce critère n’est pas le bon car on ne tient pas compte de la lourdeur de la prise en charge de certains malades », explique-t-il. « On est des bons petits soldats en train de mourir sur le terrain », résume Mylène, qui exerce à l’hôpital de Martigues.

greve

Infirmiers en grève

Le pire, pour ces infirmiers, c’est d’avoir l’impression de mal faire leur travail contre leur gré. « J’ai voulu travailler de nuit  pour avoir le temps de parler aux malades. Mais ces dernières années, je n’y parviens plus. Lorsqu’un patient pleure, je suis obligée d’abréger notre entretien car les autres m’attendent. Ce n’est pas humain », se désole Céline. Un sentiment éprouvé par Mylène. « Lorsque j’exerçais au service de cardiologie, j’avais l’impression d’être limite maltraitante parfois car j’avais bousculé un patient verbalement car j’avais trop de choses à faire. » « Et on a souvent peur de faire une erreur professionnelle », ajoute Cécile.

Des cas de burn-out

Au final, c’est la vie de famille qui trinque : « Lorsque je rentre chez moi, je suis tellement crevée que je n’ai plus d’énergie pour rien. J’ai juste envie de me coucher et de dormir. Et je manque de patience avec mon fils », déplore Céline. « Mon conjoint en a souvent eu ras-le-bol de devoir organiser toute notre vie de famille autour de mon travail. Ce qui me fait encore plus ressentir un sentiment d’impuissance. On a vraiment l’impression d’être abîmé physiquement et moralement », décrit Cécile. Des sacrifices qui ne sont pas vraiment compensés par le salaire, selon Céline : « Après 21 ans de métier, je touche 2.200 euros nets en comptant mes primes de nuit et de week-end ». « On a souvent l’impression d’être corvéable à merci sans avoir aucune reconnaissance », renchérit Cécile.

Et à force de supporter ce quotidien lourd, certains infirmiers, à l’instar de Mylène, avouent avoir déjà eu des idées noires : « Lorsque je travaillais au service de cardiologie il y a quatre ans, j’étais au bout du rouleau. J’étais tellement épuisée que j’étais incapable de trouver une issue à mon problème. Comme je travaillais au 5e étage, j’ai souvent pensé à me jeter par la fenêtre. Je me disais que cela ferait peut-être bouger les choses. J’aurais dû faire une pause, mais je ne voulais pas mettre mes collègues dans l’embarras. C’est une profession où l’on prend soin des autres, mais pas de soi », résume-t-elle. Heureusement, Mylène a pu bénéficier d’une formation pour travailler au service d’addictologie, où ses conditions de travail sont meilleures.

Ce n’est malheureusement pas le cas de tous ces confrères : « Les burn-out se multiplient ces dernières années », affirme Gérard. Mais pour Céline, pas question de désespérer : « Je veux encore croire que la santé est trop importante dans notre pays pour qu’on la laisse tomber », déclare-t-elle.

Source  : www.20minutes.fr / AFP

Notez cet article