interdire les pesticides à côté des maisons
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Langouët, une petite commune de 600 habitants située en Ille-et-Vilaine, est déjà un exemple en matière d’écologie avec une cantine entièrement bio depuis une quinzaine d’années, une production d’électricité solaire et des éco-hameaux. Néanmoins, Langouët ne souhaite pas s’arrêter en si bon chemin.

Par Frédérique Dumont. 23/05/2019

Daniel Cueff, le maire de cette petite commune a pris un arrêté municipal.

Interdisant l’épandage de pesticides dans un rayon de 150 mètres des habitations sur toute la commune.

Selon le maire, cet arrêté a été pris afin de protéger la santé des habitants. « La loi nous laisse la possibilité d’intervenir pour pallier les carences de l’État, qui tergiverse pour interdire les pesticides de synthèse, explique-t-il. Il n’y a jamais eu de preuve que le glyphosate soit utile à la santé, or on en ingurgite dans l’air, dans l’eau, dans les aliments… Nous n’en voulons pas ! »

Une plainte pourra être déposée par les habitants si l’arrêté n’est pas respecté

Daniel Cueff réagit face à ses interlocuteurs, en expliquant qu’il met en avant l’adoption de cette mesure pour éviter les risques liés à un événement dont les conséquences ne sont pas maîtrisées. « On a des produits avec une tête de mort sur l’étiquette et un mode d’emploi qui demande à l’agriculteur de ne pas retourner dans son champ dans les vingt minutes suivant l’épandage »,souligne le maire. Les habitants pourront déposer plainte auprès du procureur de la République contre ceux qui ne respectent pas l’arrêté.

Cependant, il y a encore des obstacles juridiques à surmonter pour que l’arrêté soit appliqué. « La préfecture peut amener la commune devant le tribunal administratif au motif qu’un maire n’a pas à prendre un tel arrêté », informe Daniel Cueff. L’année dernière, un arrêté semblable à celui-ci avait été invalidé dans la commune charentaise de Ruelle-sur-Touvre.

Il n’est pas surprenant que les habitants de cette petite commune aussi investie dans l’écologie soient favorables à une telle mesure, selon Martine Communier, une agricultrice bio située à Langouët. « Nous y sommes bien sûr favorables car nous sommes en ferme bio donc on n’utilise pas de pesticides, explique-t-elle. En revanche, les autres agriculteurs traditionnels seront bien embêtés : avec leurs champs situés près des maisons, ça va bien réduire leur surface. »

La FDSEA 35 est actuellement en train d’examiner tous les recours possibles pour que l’arrêté soit considéré comme n’ayant « aucune valeur juridique et aucune base scientifique » d’après Christian Mochet, président de la commission environnement du syndicat. « En tant qu’agriculteurs, nous exploitons nos champs et nos méthodes de culture n’ont pas à être imposées par les riverains. Ces produits ne sont certes pas neutres mais nous avons été formés pour les utiliser et nous avons des contrôles techniques sur nos appareils. Nous sommes autorisés à les appliquer dans un cadre légal. »

Daniel Cueff aimerait que l’arrêté fasse jurisprudence pour l’ensemble des décisions de justice relatives à la question

Étant donné les débats qui ont récemment eu lieu sur le glyphosate ou « l’appel des coquelicots » – qui soutient la prohibition des pesticides de synthèse –, Christian Mochet signale « les associations surfant sur ces psychoses, qui sèment le doute dans l’opinion publique ». Par ailleurs, il évoque que la FDSEA a mis en place« une démarche de diminution de l’utilisation des produits phytosanitaires ».

Daniel Cueff essaie néanmoins de calmer les tensions qui naissent. Il tient à préciser qu’il a pris cet arrêté « pour le bien de tous et pas contre les agriculteurs ». Désormais, il espère que son arrêté sera validé et donnera envie à d’autres communes en France de prendre des arrêtés semblables à celui-ci, pour le bien de la population.

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