Je me trouvais dans une relation abusive mais je l’ignorais

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Le 25 Juin 2018. Image crédit : Pixabay

Je me trouvais dans une relation abusive mais je l’ignorais

Par Lucie Meyer

Connaissez-vous l’histoire de la grenouille dans la marmite d’eau? Si on installe une grenouille dans de l’eau froide et que la chaleur augmente peu à peu, la grenouille ne se rend pas compte qu’elle est en danger, jusqu’à ce que l’eau atteigne l’ébullition, il est alors trop tard pour la grenouille.

J’étais la grenouille dans l’eau froide, avec l’eau qui chauffait lentement.

J’ai eu de la chance. J’ai réussi à m’en sortir avant que ça n’atteigne le point d’ébullition.

L’abus n’est pas toujours physique et pas toujours évident. L’abus émotionnel laisse des cicatrices qui sont silencieuses et cachées.

À cause de mon expérience de l’abus verbal et émotionnel, je me sentais sans valeur et sans espoir. Mon estime de soi déjà faible a diminué encore plus. J’ai passé la plupart de mes journées à me demander ce que j’avais fait de mal. J’ai marché sur des coquilles d’œufs, pour essayer d’éviter les tensions et les conflits. J’ai essayé de donner un sens à ma relation. J’ai essayé de me réparer. J’ai mis un masque pour naviguer dans le monde extérieur.

Je me suis repliée sur moi-même pour éviter de voir ma réalité. Je me sentais déconnectée. Je ne savais plus qui j’étais réellement.

Je n’avais pas les yeux noirs, les os brisés ou les contusions, mais j’étais blessée à l’intérieur. La plupart des dommages se résument à la perte de toute notion de soi.

Les blessures sont devenues des cicatrices. Parfois, les cicatrices saignent encore.

Elles me rappellent tout ce que j’ai appris depuis que je suis sortie.

Pour me remettre au centre et avoir confiance en moi.

Je suis en train de guérir.

Je n’ai pas seulement vécu des années de violence conjugale, mais j’ai vécu certaines situations depuis ma naissance qui ont favorisé le fait que je reste dans une union aussi toxique pendant tant d’années. Je croyais que je n’étais pas digne d’amour et de respect.

Ma relation n’a pas commencé avec des insultes.

Si cela avait été le cas, je ne pense pas que je serais sortie avec lui.

Il me murmurait des mots doux, je me sentais chérie et sécurisée. Il me donnait confiance en moi.

Je l’aimais. Nous riions beaucoup ensemble; Je me sentais à l’aise et en sécurité avec lui.

Je n’écoutais pas les voix tranquilles dans ma tête – les papillons malades de mon corps qui tremblaient et essayaient de me faire prendre conscience.

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J’ai juré que si quelqu’un me frappait, je partirais.

Sauf qu’il ne l’a jamais vraiment fait.

Pousser quelqu’un n’est pas frapper.

D’ailleurs, je l’ai repoussé.

L’abus s’est glissé lentement et furtivement.

C’était subtil.

J’étais dans une relation abusive et je ne le savais pas.

Je n’avais pas conscience de la profondeur du traumatisme et des dommages des mois et même des années après mon départ.

Mon raisonnement était :

« Je n’étais pas abusée, parce que je n’étais pas frappée. »

Mes sentiments ont été niés et minimisés.

On m’a dit que tout était de ma faute.

On m’a dit que je ne méritais pas l’affection et que je devais la gagner.

On m’a dit que je ne faisais rien de la journée.

On m’a dit que j’étais responsable de la destruction de notre relation.

On m’a dit que j’étais inutile. On m’a dit que j’étais inutile. On m’a dit que j’étais inutile.

Encore et encore et encore et encore.

Et je suis restée.

Je le croyais. Je croyais sa version de la vérité.

J’ai arrêté de me battre.

J’ai arrêté de le repousser.

J’ai arrêté de l’insulter.

Je suis devenue engourdie par mon expérience.

Engourdie pour arrêter l’anxiété, le désespoir et la frustration que je ressentais.

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La dépression était ma protection.

Il y a eu des jours où mon corps s’est effondré en sortant du lit. La douleur physique dans mes pieds et mes jambes m’empêchait de marcher. De me soutenir. De faire face à la journée à venir.

Je n’avais pas confiance en moi et en ma voix intérieure. J’ai arrêté d’écouter les murmures.

J’ai succombé à ce que je croyais mérité.

Je croyais que c’était comme ça que je vivrais ma vie pour toujours.

Je n’avais pas l’intention de quitter cette relation. Dans les mois qui ont précédé mon départ, ma réflexion avait lentement commencé à changer. Il y avait des moments de clarté. Des moments d’interrogation.

Je me suis confiée à quelques personnes de confiance près de moi. Je leur ai révélé la réalité de ma relation. Exprimer ma réalité m’a permis de voir ma relation avec plus de clarté.

J’ai contacté un refuge pour femmes pour obtenir des conseils. Je pensais: « Je ne suis pas une de ces femmes qui sont frappées. »

Ces deux femmes étaient assises et m’écoutaient. Elles m’ont parlé de ce qu’est une relation de violence conjugale. J’ai ouvert encore plus les yeux ce jour-là. Ma pensée a changé à nouveau.

La façade commençait à se fissurer.

J’utilisais ma voix et on m’entendait.

Ma nouvelle vie a commencé quand j’ai quitté ma relation. Quand j’ai finalement réalisé que je vivais avec un homme qui – encore à ce jour – croit qu’il a le droit d’exercer un pouvoir et un contrôle sur moi.

La majorité du temps je vis avec ma vérité. Je vis avec la connaissance de mon propre pouvoir et de ma liberté.

Il m’a fallu toute la force et le courage de me regarder et de voir le rôle que j’ai joué. Et j’ai joué un rôle. Ma faible estime de soi, mon manque d’amour-propre, ma conviction que je ne méritais pas plus que ce que je recevais. Il a fallu de l’honnêteté et de l’authenticité pour me faire face. Pour ramener ma guérison à moi. Pour me changer. M’aimer.

Je suis fière de mon évolution dans les années depuis que j’ai quitté ma relation. Je suis capable de reconnaître quand je suis une victime.

Je suis mon propre témoin.

J’ai possédé et pris la responsabilité de ce qui est dans ma conscience.

J’ai appris à établir des limites.

J’ai appris que je ne peux pas toujours contrôler ce qui m’arrive, mais je contrôle ma réaction.

Je reconnais mes ténèbres et ma lumière.

J’ai découvert ma valeur.

Je reconnais ma valeur.

Je suis compatissante avec moi-même.

Je m’autorise à me tromper.

Je me pardonne pour les fois où je n’ai pas bien compris.

J’apprends à faire confiance à ma vérité, à ma voix intérieure, à mon intuition.

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J’honore mes sentiments.

Je continue mon voyage de guérison.

Surtout, je continue à apprendre à m’aimer, y compris mes ombres.

J’ai de la chance. Je ne suis pas devenue une grenouille dans l’eau bouillante. Je suis sortie.
Beaucoup de femmes n’ont pas cette chance.

J’espère qu’en partageant mon expérience, je donnerai à une autre femme le courage de faire confiance à sa voix intérieure.

Se demander si elle vit sa réalité ou celle d’une autre personne.

Pour trouver la liberté d’être heureuse et vivre sans noeuds dans son estomac tous les matins.

Pour trouver sa voix et partager ses expériences.

La clarté pour voir que l’abus n’implique pas toujours la violence physique.

Le droit de vivre une vie sans abus sous quelque forme que ce soit.

Je veux que vous sachiez que vous méritez de vivre votre vie sans crainte et sans confusion. Vous méritez le respect, l’amour et la gentillesse.

Votre voix compte. Vos sentiments comptent. Vous comptez.

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8 commentaires à propos de “Je me trouvais dans une relation abusive mais je l’ignorais”

  1. Je me retrouve dans tout ce récit
    Je me bourre de médicaments pour oublier et ne pas répondre…….le silence quand je passe la porte…je fais celle qui n’entend pas les reproches…..
    Je me tue au travail malgré ma retraite…..
    Je ne veux et peux pas partir .
    Je ne veux pas me séparer de ma maison et mes enfants ne comprendraient pas….même s’ils sont au courant….
    Je souffre énormément …mais ne peux plus faire semblant…. je n’éprouve plus rien pour lui…..
    Je ne me souviens plus d’une journée sans reproches
    Jusqu’à quand je tiendrai le coup……la vie me le dira

  2. Combien de temps sa prends a se reçonstrure. Parfois je crois que j y arrive et oup je recule et non je ne veux pas de relation engagé.

  3. C’est exactement ce que je vivait et c’est la première fois que je trouve quelquen qui a vécu la même chose que moi

  4. C’est exactement ce que je vivais , j’ai eu du mal également à comprendre que des êtres autant cruel pouvaient exister .
    Aujourd’hui je me reconstruit et j’ai réussi à prendre du recul , mais hélas il m’arrive d’imaginer que je m’adresse à lui pour soulager mes blessures. Puis je reprend le dessus car je sais que ce pervers ne reconnais jamais ses fautes et le mal qu’il a fait . Il ne s’encombre pas de culpabilité. Aucun état d’âme ,il ne peut donc y avoir aucun échange .

  5. Je suis une femme battue ,je vis avec un homme depuis 25 ans ,il est violent et alcoolique .moi je ne bois pas ,toute prétexte pour lui et de boire ,de plus ma société a fermé c porte et je me retrouve à être dépendante de lui financièrement et de plus je n’ai pas de parents ni d’amis et avec les bastonnades même mes filles me manquent du respect et ne m’écoute pas jusqu’à me frappé aussi ,je me réveille à 5 hrs du mat jusqu’au couché a travailler et a tout faire ,la cuisine, le ménage, la lessive ,meme le lit des filles qui sont grande et je ne peux rien leurs dire de peur d’etre battue ,pas un rond en poche ni pour sortir et m’acheter une petite chose etc etc je pense que c ma vie et je dois continuer ainsi des fois je pense au suicide mais je suis une moins que rien même pour mettre fin à mes jours j’y arrive pas.je vous écris en cachette avec l’Internet qui déconne .mais je dois vous dire que je ne l’ai jamais aimé cet homme.Depuis petite g tjrs subis la violence ,des fois je ne sens plus mon corps quand des fois je vois a travers les rideaux les femmes qui passent je souris car elles ont de la chance et moi je suis une moins que rien car on me le dit tout les jours ,peut-être vous me direz de prier mais j’y crois plus tant d’années sont ainsi je suis la souillon de la famille. Vous me direz de m’enfuir mais pour aller où ? Je ne sais plus quoi faire de ma vie la seule consolation c de vois écrire afin de raconter mon calvaire que je subis quotidiennement .je lance une bouteille d’eau dans l’océan et j’espère qu’un jour on lira mon message.Belinda

    • Madame,
      Je viens de trouver votre bouteille dont j’ai lu la detresse avec beaucoup d’attention. …
      J’ai moi même accepté et subi des violences morales ainsi que quelques bousculades pendant 22 ans, mais ayant eu la chance de grandir et de me construire dans une famille équilibrée et pleine d’amour m’a permis pendant toutes ces années de garder bien présent à
      l’esprit que ce n’est pas une relation NORMALE !!!! J’ai résisté et durée pour mes enfants car l’amour maternelle primait et dans l’espoir qu’un jour les choses changeraient. Avec le temps les situations sont devenues récurrentes et
      s’agravaient….. Le plus grand danger dans cette situation est de perdre l’amour de soi même. Faites le constat de cette situation, dites vous bien une chose,c’est que tout être humain mérite le respect et que la première personne qui vous doit du respect c’est vous même. Respectez vous suffisamment vous même pour ne pas accepter ces situations et ne pas considérer qu’elles sont normales. Même si votre enfance vous laisse des traces similaires, pour autant elles ne sont pas à considérer comme normales. Vous méritez le respect d’autrui mais avant tout de vous même. …
      Aimez vous vous même suffisamment et vous trouverez la force d’entreprendre ce qu’il faut pour vous sortir de cette situation. Commencer par rechercher un travail, mettez tout en oeuvre pour, il vous permettra de vous valoriser et de vous redonner une indépendance financière car là aussi vous êtes tenue. C’est le premier et grand pas vers la liberté il vous donnera la force et le courage d’accomplir bien d’autres choses en suivant….
      Un jour un gendarme m’a dit :
      Madame partez, même si vous avez l’impression d’avoir un mur énorme à traverser, je vous assure que derrière vous trouverez le soleil.
      Ses paroles se sont gravées en moi,
      aujourd’hui ma vie est un rayon de soleil tous les jours…
      Courage à vous et surtout ne vous abandonnée pas, allez à la rencontre de vous même, vous y trouverez certainement une belle personne. ….

  6. Moi aussi j’ai vécu avec un abuseur, mais je pars maintenant et je ne regarderai pas en arrière. Je suis contente de ne pas être la petite grenouille.

  7. J’ai vécu aussi cette situation. J’ai finalement osé plonger dans l’inconnu avec trois enfants en bas âge. Je ne savais pas ce qui m’attendait derrière cet inconnu dans lequel j’ai foncé. Aujourd’hui je dis merci à la VIE qui s’occupe de nous toutes. Je me pensais seule et en faisant ce pas gigantesque pour moi, je me suis rendu compte qu’il y a d’autres « personnes » qui s’occupent de nous, et que la VIE s’organise pour rééquilibrer positivement ma vie. Ne pas s’inquiéter de l’avenir, celui-ci est plus beau qu’on le crois. Bonne chance à toutes celles qui comme moi l’ont vécu, le bonheur est de l’autre côté.

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