La perte d’un parent est un véritable calvaire, ne me dites pas que je dois faire mon deuil

La perte d'un parent

Le 18 octobre 2018. Image crédit :depositphotos.com

La perte d’un parent est un véritable calvaire, ne me dites pas que je dois faire mon deuil

Par Éric Fontaine

Ce jour là, je me trouvais à l’autre bout du téléphone, écoutant les sons des soins intensifs dans la chambre d’hôpital de mon père alors qu’il était en train de s’éteindre peu à peu, je me suis dit: c’est le moment le plus difficile.

J’étais en train de préparer mon cœur pour le jour inévitable qui allait arriver après avoir reçu le diagnostic de cancer de l’œsophage de mon père, 1 an auparavant. Nous savions que ce cancer allait nous prendre notre père.

Il était en train de mourir et son corps, assommé par les nombreuses chimiothérapies, allait bientôt pouvoir se reposer.

Je me trouvais à l’autre bout du pays et incapable de faire autre chose que de murmurer à mon père que je l’aimais à travers le téléphone que je tenais dans mes mains pendant que je sanglotais.

Quand l’infirmière a téléphoné et a dit: «C’est fini. Il est parti. J’ai poussé un soupir de soulagement.

Mon père était en paix.

Je pensais que le pire était derrière moi.

Mais mon deuil ne faisait que commencer. Et selon les stades, cela a été atroce, douloureux et merveilleux..

Même si dix ans se sont écoulés depuis le jour où je lui ai dit adieu, je le pleure chaque jour. Pas un jour ne passe sans que mon cœur ne ressente pas le chagrin lorsque je veux partager une réussite professionnelle avec lui ou quand je vois son sourire sur le visage de mon fils.

Je n’ai pas fait mon deuil et je ne le ferai jamais.

Et j’en suis reconnaissant.

Le deuil n’est pas une émotion fugace comme la colère ou la tristesse. Certains disent qu’il s’agit d’un processus, mais je ne pense pas. Quand on le qualifie de processus, on laisse entendre qu’il y a une fin. Un dernier moment où vous dites: «C’est bon j’ai fini ! Mon père ne me manque plus.

Mais ce n’est pas du tout le cas.

Mon deuil n’est pas là pour partir, arrêtez de me demander de m’en remettre.

En réalité, j’aime ce que je suis devenu depuis que je dois gérer mon deuil depuis le décès de mon père. Je suis devenu un meilleur ami lorsqu’un de mes amis perd un de ses parents. Mon expérience m’a appris que faire la lessive d’un ami en temps de crise signifie bien plus que

Le deuil m’a rendu plus empathique pour les étrangers. Je ne juge pas aussi vite quand quelqu’un m’arrête dans la circulation car je me demande s’il a déjà vécu ce que j’ai vécu peu de temps après le décès de mon père. Le jour où j’ai eu une crise d’angoisse sur le parking de l’épicerie et que j’ai dû abandonner mon chariot parce que je pleurais trop pour lever les sacs. Ceux qui portent le fardeau du deuil ne portent pas de t-shirts avec la mention: «Sois gentil avec moi, ma sœur vient de mourir.»

Je sais que je ne dois pas pencher la tête et dire «Comment vas-tu?» à une amie qui vient de perdre sa mère. Car je sais qu’elle est en train de s’effondrer et que c’est tout ce qu’elle peut faire pour ne pas casser les vitres de l’école avec le marteau dans ses mains. La peine a retiré mon filtre social et m’a rendu plus courageux, plus audacieux.

À la mort de mon père, je suis devenu membre d’un club que je ne connaissais pas. Les membres du club «J’ai perdu un parent» portent tranquillement et courageusement leur douleur alors qu’ils s’occupent d’élever des enfants et de gérer un foyer. Les membres de ce club accueillent les nouveaux membres avec lassitude en disant simplement «Moi aussi», et j’ai été accueilli à bras ouverts.

Vous ne m’entendrez jamais me dire «Il est mieux là où il est» ou «les meilleurs partent toujours les premiers» à une amie qui me dit qu’elle souffre d’un chagrin qui menace de l’engloutir. Mon chagrin m’a appris que rester assis en silence avec une amie pendant qu’elle pleure ou le simple fait de dire «Je vois ta douleur» est ce qui fera vraiment une différence. Des gestes simples, comme se présenter pour s’occuper du covoiturage quand on sait qu’un ami a des difficultés ou organiser un repas chaud pour sa famille, indiquent que vous comprenez ce qu’il traverse.

Je n’ai pas demandé au deuil d’entrer dans mon monde, et regarder mon père mourir était un véritable calvaire. Mais malgré la tristesse et la douleur, je n’échangerais cela pour rien au monde.

Grâce au deuil, je ressens une émotion profonde et brute. Et ces sentiments me rappellent que le cancer n’a pas éliminé mon père de mes souvenirs. Oui, la mort, ça craint, mais à travers la tapisserie de souvenirs et beaucoup de larmes, mon père semble plus proche de moi que jamais, grâce au deuil.

Alors ne me demandez plus de m’en remettre. Je n’en ai pas la moindre envie.

Un commentaire à propos de “La perte d’un parent est un véritable calvaire, ne me dites pas que je dois faire mon deuil

  1. Je saisis tellement bien ce que vous décrivez. Vous expliquez un constat que je ne veux partager avec aucune personne de mon entourage puisque ce que je ressens face à la perte de ce quelqu’un, ne peux être partagé tout simplement dans la même profondeur. Je peux sembler mêlé dans mes explications, mais je n’arrive pas à l’expliquer autrement.

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