apprendre à m'aimer

Le 29 octobre 2018.Image crédit :depositphotos.com

J’ai dû apprendre à tout perdre avant d’apprendre à m’aimer

Sylvain B.

Vous connaissez probablement cette célèbre citation « L’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage. »

Je dois reconnaître que ça m’ennuyait car je ne voyais que les destinations.

Je n’ai pas vécu une enfance facile. Ayant grandi autour de la dépendance, je n’ai pas appris beaucoup de choses sur l’estime de soi et la gratitude. J’ai appris à refouler mes émotions, pour qu’elles ne puissent jamais être reconnues ou discutées. C’était une manière de vivre solitaire, mais j’ai pris l’habitude.

En devenant adulte, j’espérais avoir une vie heureuse. J’ignorais ce que cela voulait vraiment dire, donc je me suis tourné vers le monde extérieur pour trouver mon bonheur. Je pensais que mon grand amour me comblerait de bonheur.

Ça a marché pendant un certain temps, mais ça n’a pas duré. Je pensais être comblé de bonheur grâce à ma prochaine aventure fantastique ou ma nouvelle voiture, mais ça n’a pas fonctionné non plus. Pire encore, la voix dans ma tête me demandait ce qui n’allait pas avec moi et j’étais incapable de trouver le bonheur. J’avais désespérément envie de me sentir complet.

Mais je n’ai jamais réussi à y parvenir.

Mes emplois ne m’ont jamais comblé de bonheur. Les nouveaux jouets ne sont pas restés neufs. Chaque fois que je pensais être près de la ligne d’arrivée, j’avais l’impression d’être poussé plus loin sur la route. J’essayais de courir toujours plus vite. J’allais vite, constamment à la prochaine destination, toujours en mouvement, faisant tout ce qui était en mon pouvoir pour éviter les sentiments douloureux ou inconfortables. Cette stratégie de vie m’a uniquement apporté une multitude de mauvais choix et d’expériences douloureuses.

Après mon divorce il y a cinq ans, je me suis retrouvé au fond du gouffre émotionnel. La douleur de cette perte était pratiquement insupportable. C’était la perte de trop. Je me sentais seul, vivant avec les morceaux brisés de mes mauvais choix. Je me sentais totalement humilié et perdu.

La brutalité de cette époque a réduit à néant mes défenses. L’espoir et le déni avaient disparu. Je n’avais jamais connu cela auparavant. J’étais confronté à la vérité effrayante, mais indéniable, selon laquelle je devrais d’abord être heureux et à l’aise avec moi-même avant de pouvoir avoir la vie que je voulais.

Le jour où j’ai réalisé que c’était le premier jour du reste de ma vie.

Mon parcours a commencé quand j’ai eu assez de courage pour affronter des problèmes de longue date et comprendre ce qui se passait. C’était loin d’être simple. Avant de pouvoir surmonter ces problèmes, j’avais beaucoup de travail à faire. Je devais apprendre à être présent, à rester assis avec mes sentiments et à ne pas avoir peur. J’ignorais comment le faire.

D’ailleurs, c’était la dernière chose que j’avais envie de faire. J’avais passé la plus grande partie de ma vie à fuir mes sentiments, j’avais peur d’être inadéquat ou pas assez bon. J’avais besoin d’aide.

Après de nombreuses heures de thérapie, d’introspection et de larmes, j’ai commencé à apprendre.

J’ai pratiqué la conscience de soi. J’ai regardé beaucoup de vidéos de Brené Brown. Pour être mon moi authentique, je devais accepter mes sentiments et mes peurs, et les laisser sortir. Arrêter était simple pour moi, c’était comme ça que je vivais.

En apprenant à être présent, à ressentir mes sentiments, j’ai réalisé qu’ils ne me tueraient pas. Cela peut parfois être inconfortable, mais j’ai été surpris d’apprendre que je devenais plus fort en partageant mes sentiments et ma vulnérabilité. J’ai échangé ma façade de sécurité soigneusement conçue contre l’acceptation de mes défauts. J’étais parfaitement imparfait.

J’ai aussi pris l’engagement de me faire passer en premier. C’est la seule manière pour moi d’apprendre à faire confiance à mes décisions. J’ai pris conscience de la manière dont je vivais chaque jour. J’ai commencé à méditer, j’ai pris le contrôle de ma santé et de ma forme physique, j’ai fait attention à mon alimentation et j’ai passé du temps dans la nature.

Ne vous méprenez pas, ce travail est compliqué. Je fais toujours des erreurs à l’heure actuelle.

Je devais apprendre à me pardonner, apprendre de mes erreurs et aller de l’avant. C’était beaucoup pour moi. J’ai toujours ressenti la pression d’être parfait, et à cause de cela j’étais très dur avec moi-même. Je n’avais jamais réalisé à quel point tout cela me pesait jusqu’à ce que j’arrête de le faire.

Au lieu de lutter, je pratique désormais la gratitude et l’empathie dès que je le peux. Ce ne sont pas des compétences naturelles pour moi, alors cela exigera beaucoup de travail. C’est la raison de mon engagement envers moi-même.

Je n’échangerais les cinq dernières années pour rien au monde. Mes vieilles blessures guérissent peu à peu. Apprendre à me connaître et à m’accepter, et devenir mon meilleur ami, a été l’expérience la plus libératrice et la plus enrichissante de ma vie. Je profite enfin du «voyage»,  étape par étape.

Nous avons tous des luttes et des souffrances parfois. Nous pouvons également prendre la décision d’être courageux. Le changement est difficile, mais il n’est jamais trop tard pour trouver le courage de nous aimer.

J’ai dû apprendre à tout perdre avant d’apprendre à m’aimer
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