perturbateurs endocriniens
Le 1er Octobre 2017. Image crédit : Pixabay

Les perturbateurs endocriniens, source de troubles du comportement chez les petits garçons

Ces troubles du comportement varient selon les produits auxquelles les mamans ont été exposées  pendant leur grossesse…

Une étude épidémiologique menée en France par l’Inserm et publiée dans la revue Environmental Health Perspective vient confirmer les dangers d’une exposition des femmes enceintes aux perturbateurs endocriniens (bisphénol A, triclosan et certains phtalates) sur leurs petits garçons.

3 substances spécialement préoccupantes

Hyperactivité, repli sur soi, anxiété, peur devant les situations nouvelles : l’effet sur les enfants diffère selon les substances chimiques auxquelles la mère a été exposée pendant sa grossesse.

Pour l’Inserm, l’Institut français de la santé et de la recherche médicale, parmi la quinzaine de substances chimiques testées, les composés « les plus préoccupants à cet égard » sont le bisphénol A et le triclosan (qui sont des phénols) et le DBP (di-n-butyl phtalate) qui est un phtalate.

« C’est une preuve de plus de l’effet de ces perturbateurs endocriniens », déclare à l’AFP Rémy Slama, épidémiologiste à l’Institut pour l’avancée des biosciences à Grenoble.

Des recherches in vitro ont mis en évidence que toutes ces substances chimiques étaient des perturbateurs end-ocriniens suspectés. Ils sont susceptibles d’interagir avec le système hormonal qui contrôle le développement du cerveau de l’enfant.

Le bisphénol A a été interdit de tous les contenants alimentaires en France en janvier 2015, soit après la réalisation de cette étude. Mais on le trouve encore dans les lunettes, les CD etc.

Le triclosan est un agent antibactérien présent dans certains dentifrices et savons. Il est autorisé jusqu’à certaines valeurs limites dans les cosmétiques et est interdit dans les textiles au niveau de l’Union européenne.

Le DBP est utilisé dans les colles, vernis à ongles et laques pour les cheveux et pour assouplir des matières plastiques comme le PVC. Lui aussi est réglementé selon une logique de valeur limite et il est interdit dans les cosmétiques.

L’étude, réalisée par Claire Philippat et pilotée par Rémy Slama, a porté sur 529 petits garçons.

Les femmes enceintes avaient été recrutées entre 2003 et 2006. Pendant leur grossesse, ces femmes ont vu leur urine analysée pour doser les biomarqueurs caractéristiques de l’exposition aux phénols et aux phtalates. Il est apparu que 70 à 100 % des femmes de la cohorte Eden étaient alors exposées à des niveaux détectables de ces substances.

À l’âge de 3 et 5 ans de leur enfant, elles ont rempli un questionnaire évaluant certains aspects de leur comportement comme l’hyperactivité, les troubles émotionnels et relationnels.

L’étude montre que l’exposition au bisphénol A était associée à une augmentation des troubles relationnels à 3 ans et des comportements de type hyperactif à 5 ans.

« Cette recherche confirme que les effets du bisphénol A sur le comportement, observés chez l’animal de laboratoire, se retrouvent chez l’humain à des expositions faibles, probablement inférieures à celles préconisées par l’autorité européenne de sécurité alimentaire », indique l’Inserm.

« L’étau se resserre également autour du DBP »

Le DBP était lui associé à davantage de troubles émotionnels et relationnels, incluant les comportements de repli, à 3 ans, mais pas à 5 en ce qui concerne les troubles émotionnels.

Les associations entre le DBP et le comportement avaient déjà été mis en évidence dans des études précédentes chez de jeunes garçons et chez l’animal. « L’étau se resserre aussi autour de cette substance », commente Rémy Slama.

L’étude a aussi montré une association entre le triclosan et une augmentation des troubles émotionnels à 3 et 5 ans. « Il s’agit de la première étude évaluant les effets de ce composé sur le comportement humain », relève l’épidémiologiste.

Son équipe avait déjà mis en évidence une diminution du périmètre crânien à la naissance chez les petits garçons exposés in utero au triclosan.

Etudier aussi les petites filles

Une des limites de l’étude réside dans le fait que les femmes enceintes ont fait l’objet d’un seul prélèvement d’urine. Les équipes de Grenoble vont s’attacher à affiner les résultats en suivant une nouvelle cohorte mère-enfant (Sepages) de l’Inserm.

De nombreux échantillons d’urine par participant (mère mais aussi enfant) seront recueillis durant la grossesse et les premières années de l’enfant, pour mieux mesurer l’exposition aux substances. L’étude sera élargie aux petites filles car l’effet des perturbateurs endocriniens est susceptible d’être différent sur elles.

Source 20 Minutes avec AFP