professeur Joyeux

Le professeur Henri Joyeux le 17 août 2011. – MEHDI FEDOUACH

Le professeur Joyeux sera jugé par ses pairs pour « discours alarmistes »

Le professeur est-il coupable d’avoir alimenté, ces derniers mois, la défiance à l’égard de la vaccination ?

A 70 ans le chirurgien cancérologue, a comparu, le vendredi 27 mai, devant la chambre disciplinaire du Conseil de l’ordre des médecins de Languedoc-Roussillon, à Montpellier, pour avoir « déconsidéré la profession », en tenant des « discours alarmistes » et en s’appuyant sur des « preuves scientifiques non établies ».

Retraité du bistouri depuis septembre 2014, risque une interdiction de faire état de son statut de docteur en médecine et donc une radiation.

Ancien président de Familles de France, une association qui s’est opposée au mariage homosexuel, M. Joyeux est un homme controversé et il est connu pour ses prises de position conservatrices sur la famille.

La ministre de la santé, Marisol Touraine, l’a décrit il y a un an comme « un médecin qui s’est déclaré contre la pilule, contre l’avortement, qui a pris des positions rétrogrades sur toute une série de sujets ». Mais ce ne sont pas ces sujets politiques qui lui ont valu d’acquérir une petite notoriété, ces dernières années, auprès du grand public, au gré des invitations sur les plateaux de télévision ou dans les studios de radio.

Il revendique le parler vrai du scientifique lanceur d’alerte face aux industries agroalimentaires ou pharmaceutiques

Sa pétition a recueilli plus d’un million de signatures

Ancien président de Familles de France, une association opposée au mariage homosexuel,le professeur Joyeux n’est pas le premier à tenir pareil discours. Mais il est sans doute le seul à disposer d’une telle audience. Son livre Changer d’alimentation (Ed. Le Rocher)s’est vendu à 150.000 exemplaires. Ses vidéos diffusées sur Youtube affichent plus de 50.000 visionnages en moyenne. Et selon Le Monde, ses conférences font salles combles trois à quatre fois par semaine, et 580 000 personnes recevraient régulièrement, dans leur boîte e-mail, sa lettre électronique d’information.

Un million de signatures

« Henri Joyeux surfe sur le mythe de la naturalité, qui professe l’idée que la nature est naturellement bonne et qu’en mangeant sain, on va sauver sa santé », explique Jocelyn Raude, sociologue à l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) de Rennes. « Il est toujours sur le fil du rasoir, mais il ne bascule jamais dans un discours infondé et ne promeut pas des pratiques toxiques, décrypte le chercheur. Il vante les vertus du thym, du chocolat, du miel, dans un mélange de bon sens et de démagogie nutritionnelle. »

En mettant en garde contre certains vaccins, Henri Joyeux a toutefois franchi une ligne rouge aux yeux des autorités sanitaires. Dans un texte publié sur Internet et affichant aujourd’hui plus d’un million de signatures de soutien, le médecin dénonce les substances « dangereuses », voire « très dangereuses », contenues selon lui dans les adjuvants des vaccins dits hexavalents (qui protègent de six maladies) que les parents sont obligés d’utiliser pour leurs enfants, en raison de la pénurie de vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP), les trois seuls obligatoires. Il assure y voir une « arnaque des laboratoires » pour imposer un vaccin « sept fois plus cher ».

« On ne peut pas dire n’importe quoi sur une action publique qui a sauvé des vies », Patrick Bouet, président du Conseil national de l’ordre

Ces accusations, contestées par une grande partie de la communauté scientifique, ont pourtant été largement relayées sur les réseaux sociaux. « Avec ses prises de position agressives, M. Joyeux a instillé un doute sur la vaccination », regrette Patrick Rebillard, pédiatre dans un hôpital lyonnais. « On doit désormais argumenter de plus en plus longtemps avec certains parents pour vacciner leurs enfants, et expliquer qu’on n’a pas d’intérêt financier à le faire », ajoute-t-il. « On ne peut pas dire n’importe quoi sur une action publique qui a sauvé des vies », avait estimé Patrick Bouet, le président du Conseil national de l’ordre, le 25 juin 2015.

Mais c’est surtout la pétition qu’il a lancée qui a inquiété les autorités. Signée par plus d’un million de personnes, elle a forcé Marisol Touraine à prendre position sur le sujet. La ministre de la Santé l’a fait de la manière la plus nette qui soit. « Ce médecin s’est déclaré contre la pilule, contre l’avortement et a pris des positions rétrogrades sur tout une série de sujets alors que sa responsabilité serait plutôt de rassurer et expliquer. »

« On doit argumenter de plus en plus longtemps avec les parents »

Car, très diffusées sur les réseaux sociaux, les prises de position du professeur Joyeux commencent à poser des problèmes dans les salles d’attente de tous les praticiens de France. « Il a instillé un doute sur la vaccination, explique ainsi au Monde, Patrick Rebillard, pédiatre dans un hôpital lyonnais. On doit désormais argumenter de plus en plus longtemps avec certains parents pour vacciner leurs enfants et expliquer qu’on n’a pas d’intérêt financier à le faire. »

Lire aussi :   Vaccins : l’ordre des médecins porte plainte contre le professeur Joyeux

Henri Joyeux – Vaccins, comment s’y retrouver ?

Source le Monde lire la suite de l’article en cliquant sur le lien  https://www.lemonde.fr 

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