Installer une rangée de tuiles en polypropylène sous le rang pour empêcher le développement des adventices : c’est une idée qu’ont co-développée une jeune entreprise et un chercheur d’Irstea. Avec un produit qui va arriver sur le marché après le Sitevi.

Le 2 Mars 2018. Image crédit :  Inovinea.

Une tuile présentée au salon de l’agriculture permet de se passer d’herbicide dans les vignes

Innovation:

Pour les vignes et les vergers, la solution de substitution au glyphosate pourrait être une tuile en polypropylène qui recouvre le sol sans l’asphyxier. Surtout lorsqu’on sait que le raisin est le plus pollué par les pesticides, cela représente un véritable espoir pout tous les amoureux du raisin. Celle-ci a été présentée au Salon de l’agriculture.

Depuis 2008 les agriculteurs français auraient dû diminuer leurs utilisations de produits chimiques de 50 % mais malheureusement il y a eu une augmentation de 6 à 8 % par an d’herbicides et de pesticides. C’est pour cela que nous ne sommes jamais à court d’idées pour lutter contre ce fléau. Et voici une bonne nouvelle.

Tuile symbio dans une vigne

Tuile Symbio en test dans une vigne de l’Hérault photo :IRSTEA

Encore une fois d’ici 2025, l’agriculture devra avoir réduit ses doses de pesticides d’au moins 50%. La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) s’y est engagée en réitérant lors du Salon de l’Agriculture son « contrat de solutions ».

Celui-ci comporte un total de 200 actions réparties en 8 grandes thématiques : l’innovation variétale, la robotique, les outils numériques, la recherche de nouvelles molécules moins polluantes, l’amélioration des pratiques agronomiques, le biocontrôle, les démarches filières et territoires et les conseils et formations. C’est donc un très grand panel de solutions que le syndic veut mettre en pratique. Leur mise en oeuvre devrait permettre, ésperons-le, de pouvoir atteindre les objectifs donnés.

La FNSEA veut recourir à des mécanismes naturels. Or, c’est justement ce que propose une jeune start-up française, Inovinea. On peut voir sur le stand de l’institut de recherche Irstea sa tuile « Symbio ».

« Une des techniques utilisées pour éviter la pousse de mauvaises herbes, c’est la couverture du sol au pied des plantes par des paillis d’écorces qui empêchent les graines indésirables de germer, explique Céline Gelay, une des quatre salariés d’Inovinea. Cependant les paillis demandent du temps pour être épandus et ne sont pas pérennes « . Pour contourner ces obstacles, Inovinea propose d’installer au pied des champignons ( cep…) ou des arbres fruitiers un paillis fixe imputrescible dont la durée de vie soit égale à celle des plantes. C’est comme ça qu’est née la tuile Symbio.

Une couverture pérenne qui favorise la vie des sols

La star-tup française a pensé à tout. Pour commencer le matériau utilisé: . « C’est du polypropylène car il nous a semblé important d’utiliser une matière qui se recycle aisément et bénéficie d’une filière de réutilisation qui marche  » précise Céline Gelay. La tuile est ensuite marquée de deux sillons qui peuvent être pourvus de tuyaux pour une irrigation en goutte à goutte.

Elle est enfin crénelée pour ralentir l’eau de pluie dans les parcelles en pente. Le dispositif peut ainsi être installé au moment de la plantation de la vigne et du verger et ne plus bouger jusqu’à l’arrachage vingt ans plus tard. Inovinea a trouvé une entreprise de plasturgie pour envisager une production en série. Puis elle a cherché un organisme scientifique qui puisse juger de la pertinence de l’idée. C’est le rôle d’Irstea.

 » Nous avons dans l’Hérault une vigne sur laquelle nous testons les innovations, raconte Patrick Rosique, chercheur dans cet institut. Nous avons donc testé la tuile sur plusieurs saisons et mesuré son impact sur l’environnement ainsi que son efficacité contre les mauvaises herbes « . Le test a été concluant car l’Irstea a pris la décision d’appuyer cette solution novatrice.

La tuile empêche bien les plantes a proximité des ceps de pousser sans avoir besoin d’utiliser des herbicides. Elle retient l’eau si bien que même la rosée du matin peut être récupérée par la terre.

Et le bouquet final, elle améliore grandement la qualité du sol et la vigueur de la vie microbiologique. « Symbio n’est en effet pas en contact direct avec la terre mais laisse un jour de 3 centimètres dans lequel l’air et l’humidité circulent si bien que les microorganismes prospèrent et enrichissent le sol ce qui incite les vers de terre à revenir dans les parcelles  » se félicite Patrick Rosique. Inovinea en est aujourd’hui à la levée de fonds. La petite société estime pouvoir démarrer la production des tuiles à l’automne pour les premières réalisations au cours de l’hiver prochain. Céline Gelay l’assure : Inovinea a déjà des clients impatients de tester Symbio.

Source :  www.sciencesetavenir.fr/