vie sur Terre
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Dans les prochaines décennies, sur les huit millions d’espèces végétales et animales répertoriées, un million pourrait disparaître si nous n’agissons pas dès maintenant. C’est la première fois que nous voyons cela. L’abondance moyenne des espèces locales dans la majorité des grands habitats terrestres a baissé au minimum de 20% approximativement, depuis le début du 20ème siècle.

Par Antoine Mercier. Le 07/05/2019

Et les scientifiques de l’Ipbes, la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystèmiques, avait déjà averti que le rapport sur la biodiversité serait préoccupant.

Durant 3 années, 150 chercheurs des quatre coins du monde, avec l’aide de 350 autres, ont étudié 15 000 références scientifiques pour déterminer l’état de la biodiversité. Combien d’espèces animales et végétales sont encore présentes sur Terre ? Quel est leur état ? Quel est le degré de responsabilité de l’homme ?

En plus d’un rapport complet de 1800 pages, l’Ipbes a également remis un résumé « aux décideurs » de 40 pages pour reprendre l’essentiel et les différents scénarios envisageables pour les dirigeants. La semaine dernière, au siège de l’Unesco à Paris, c’est autour de ce document que les représentants de 132 pays membres de l’Ipbes ont eu une discussion particulièrement tendue. Ce document a d’ailleurs une valeur historique, car les conclusions ayant été validées, les 132 pays ne pourront plus déclarer « on ne savait pas ».

La colonisation de la Terre par l’homme

Par ailleurs, le résumé de ce rapport est particulièrement inquiétant, on voit que le rôle de l’homme y est prédominant.

– Depuis 1980, la pollution par le plastique est dix fois plus importante.

– L’homme est responsable de la modification significative de 75% de l’environnement terrestre et de 66% du milieu marin.

– L’agriculture et l’élevage occupent plus d’un tiers de la surface terrestre et utilisent 75% des ressources en eau douce.

– Tous les ans, on extrait 60 milliards de tonnes de ressources renouvelables et non-renouvelabes, soit plus du double depuis 1980.

Le constat est loin d’être meilleur pour les poissons. En 2015, 33% des poissons marins ont été pêchés de façon non durable. 60% des poissons ont été exploités au niveau maximum de pêche durable, et 7 % d’entre eux ont été exploités à un niveau inférieur à celui estimé comme durable.

Pierre Cannet, responsable des programmes Nature au WWF France a alos résumé « Pour la première fois depuis qu’il y a de la vie sur Terre, nous avons une seule et même espèce, l’homme, qui menace l’ensemble du vivant »

Bien sûr, l’augmentation de la population mondiale est en partie responsable.

Le rapport rappelle que « Depuis 1970, la population mondiale a plus que doublé passant de 3,7 à 7,6 milliards d’individus ». Mais il souligne également « l’augmentation de la consommation par habitant et l’innovation technologique, dont les dommages causés à la nature ont diminué dans certains cas tandis qu’ils ont augmenté dans d’autres. »

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Ainsi, tous les pays sont en partie responsables de la destruction de la biodiversité, même les pays où la population ne bouge pas.

« Une tendance qui émerge est celle dite de l’interconnectivité mondiale ou « télécoupling », explique le professeur américano-brésilien Edouardo S. Brondizio, qui a coprésidé le rapport de l’Ipbes. On extrait et produit des ressources dans certaines régions du monde, mais souvent pour satisfaire d’autres régions du monde. C’est notamment le cas de l’huile de palme que l’on importe d’Indonésie, de Malaisie ou d’Afrique, qui est source de déforestation massive à l’heure actuelle.

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Saint Louis Image crédit : Deposith

Parmi les pays qui consomment le plus de ressources naturelles, on retrouve les pays du G7. Les États-Unis se placent en première position, suivis du Japon, du Royaume-Uni et de la France.

Ainsi, selon l’Ipbes, nous devons absolument agir dès maintenant, « à tous les niveaux, du local au mondial ». La société dans laquelle nous vivons actuellement doit changer.

La France a d’ailleurs organisé le G7 de l’environnement à Metz lundi dernier, pour adopter une charte pour la biodiversité.

La charte qui a été adoptée par le G7 et une partie des pays invités sera de base pour les politiques publiques, a expliqué la secrétaire d’Etat française à la Transition écologique, Brune Poirson.

Trois points sont présents dans ce texte afin « d’accélérer et intensifier nos efforts pour mettre fin à la perte de biodiversité », « encourager l’engagement d’autres acteurs » et « soutenir l’élaboration et la mise en oeuvre d’un cadre mondial post-2020 pour la biodiversité », sans aucun objectif précis ou chiffré.

Fin 2020, en Chine, aura lieu la COP15 de la Convention sur la diversité biologique.

Pour les dix prochaines années, des objectifs clairs seront donnés afin d’enrayer la perte de la biodiversité, et des mécanismes seront mis en œuvre pour y parvenir. Les responsables politiques pourront alors s’appuyer sur le rapport publié par l’IPBES).

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